Bruxelles au quotidien : séminaire, rencontres et réflexions sur Haïti

graphique joel

La première journée de séminaire à Bruxelles a été pour moi bien plus qu’une activité professionnelle. Entre rencontres internationales, découverte de la ville, observations sur le fonctionnement des institutions et souvenirs d’Haïti, cette journée a nourri de nombreuses réflexions.

Après une courte nuit, j’ai commencé la matinée par un petit-déjeuner au NH Collection Brussels Grand Sablon, hôtel de 192 chambres situé au cœur du quartier historique du Sablon. Je me suis ensuite dirigé vers le boulevard du Régent, où se déroulait le séminaire. En chemin, j’ai rencontré une participante venue d’Arabie saoudite. Après quelques difficultés d’orientation dans les rues bruxelloises, nous avons terminé le trajet en Uber afin d’arriver à l’heure.

Au cours de la journée, un élément m’a particulièrement frappé : le calme apparent de Bruxelles comparativement à l’agitation permanente qui caractérise souvent l’actualité haïtienne. Une participante travaillant dans la communication m’a d’ailleurs fait remarquer que l’actualité locale n’était pas toujours très abondante. Je lui ai répondu qu’en Haïti, les journalistes sont plutôt confrontés au problème inverse, tant les événements politiques, sécuritaires et sociaux se succèdent.

Cette comparaison m’a surtout conduit à réfléchir à la solidité des institutions. La Belgique a connu de longues crises politiques, notamment après les élections fédérales de 2010, sans que les services essentiels de l’État cessent de fonctionner. Administrations, transports, écoles et hôpitaux ont poursuivi leurs activités. Cette continuité institutionnelle contraste avec Haïti, où les crises politiques et sécuritaires perturbent profondément la vie quotidienne.

Le séminaire m’a également permis de rencontrer des participants venus de plusieurs régions du monde, notamment du Togo, du Burundi, de la République démocratique du Congo, de Singapour, d’Israël, d’Autriche et de Slovaquie. Ces échanges m’ont rappelé mes propres voyages et m’ont amusé au point de me qualifier de véritable « pigeon voyageur ».

Après le séminaire, j’ai choisi de rentrer à pied en traversant notamment le parc Royal et la rue Royale. Cette promenade m’a permis d’observer l’architecture ancienne, les rues pavées et surtout le système de transport collectif. Les tramways électriques bruxellois m’ont amené à réfléchir à ce que pourrait être un système moderne de transport en Haïti. Une telle infrastructure nécessiterait cependant une alimentation électrique fiable, une meilleure organisation de la circulation et un respect accru des règles de sécurité.

Au Grand Sablon, je me suis arrêté au restaurant Au Vieux Saint Martin, institution bruxelloise ouverte en 1968. J’y ai apprécié non seulement le repas, mais aussi la qualité de l’accueil. De petites attentions offertes au client dès son arrivée m’ont fait penser aux possibilités d’amélioration du service dans les restaurants haïtiens. La fidélisation de la clientèle ne dépend pas uniquement du luxe : elle passe aussi par l’accueil, la considération et la qualité de l’expérience proposée.

La journée a ensuite pris une dimension spirituelle avec ma visite de Notre-Dame des Victoires au Sablon. Après avoir assisté à la fin d’une messe, j’ai rencontré le père Antonin Lemaire, qui a accepté de m’accorder une entrevue. Il m’a parlé de sa vocation, de l’influence de sa famille, de la mission du prêtre et des transformations que connaît aujourd’hui l’Église catholique en Belgique.

Selon lui, malgré la diminution de la pratique religieuse traditionnelle, les jeunes continuent de manifester une recherche spirituelle. Le prêtre demeure appelé à accompagner la communauté, à prier et à montrer un chemin vers Dieu. Interrogé sur Haïti, le père Lemaire a souhaité au peuple haïtien de retrouver la paix, le courage et l’espérance face aux épreuves.

J’ai terminé ma journée par un jogging dans Bruxelles. J’ai observé les parcs fréquentés en soirée, les bâtiments anciens soigneusement restaurés et les vitrines ouvertes sur les rues. Ces images m’ont ramené à Port-au-Prince, où l’insécurité a poussé de nombreux commerces à se protéger derrière des murs et des barrières.

Cette journée m’a finalement rappelé une réalité fondamentale : la sécurité, la continuité des institutions et la confiance collective façonnent directement la qualité de vie et l’avenir des villes. Pour Haïti, reconstruire cette confiance constitue une condition essentielle pour retrouver des espaces urbains vivants, accessibles et accueillants.

Joël Lorquet, PhD

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